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Même pas Mals !




L'Homme de l'Atlantique : « Jusqu'où doit-on pardonner au nom
du talent » ?

Mais bon sang, qu'est-ce qui peut donc bien nous pousser à la fascination chez les sales types ? Cette question, qui traverse entre autres le spectacle d'Olivier Dubois, n'appelle évidemment aucune réponse. Car il est comme une sorte d'alchimie qui s'opère lorsque deux pôles d'un même ensemble sont exacerbés : une alchimie qui repose sur une équation simple, où la fascination n'a d'égale que la somme des deux extrêmes. Avec Sinatra, le chorégraphe Olivier Dubois ne pouvait trouver meilleur exemple dans l'époque moderne : à la fois chéri par les dames, envié par les hommes, respecté des puissants, et certainement ancré dans l'inconscient collectif pour quelques dizaines de générations.


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Un étranger dans la nuit ?

Sinatra, on l'aime et on ne le quitte pas. Ou alors à ses dépends. On aime sa voix, sa façon de se mouvoir et de capter la lumière, face caméra. On sifflote, avec un air idiot, les mélodies que the « Voice » a gravé dans le micro sillon. Olivier Dubois, à travers un clin d'oeil à Marguerite Duras, parle d'un mythe, du symbole d'une époque, où culturellement l'Amérique et son « way of life » ont su embraser le siècle. Virtuose, le chorégraphe s'attache à la part d'ombre derrière cette lumière qui brûle parfois les ailes. Sinatra, après tout, n'est peut-être au fond qu'un « étranger dans la nuit« , comme le suggère si bien la chanson. A travers la mise en scène, on devine une vie à cent à l'heure. Les costumes - cent cinquante au cours du spectacle ! - défilent et s'enchaînent. Ainsi que les chansons, les pas de deux, avec le personnage féminin campé par Marianne Descamps.

Vie privée, vie publique

Avec le public de Même pas Mals, Olivier Dubois n'a pas manqué de revenir sur les origines de cet « Homme de l'Atlantique« . Pourquoi Sinatra ? « Un vrai goût pour lui, et l'envie de faire une pièce chorale, avec du chant et de la danse ». Et puis sans doute ces interrogations, lancinantes, avec des personnages de la trempe du crooner. « Jusqu'où doit-on pardonner au nom du talent … Que doit-on penser d'une vie de connivence avec la mafia, avec peut-être un peu de sang sur les mains, un rapport aux femmes très difficile, à l'argent n'en parlons pas, à son public parfois douteux ? Et pourtant, on en parle encore. Cette pièce est une bascule entre la vie publique et la vie privée ». Le chorégraphe s'interroge.

Repousser la tentation biographique

Il éloigne dans le même geste la tentation d'explorer la légende à travers un regard biographique. « Je ne vais pas parler de mafia, ni d'argent sale, mais je vais donner à voir que, si la voix est impeccable, l'homme l'est peut-être moins, et peut-être que ces failles ont permis le talent. C'est peut-être très très intimement lié, on est loin de quelque chose d'aseptisé ». Et de revenir sur la préparation physique - une perte de vingt kilos ! - ainsi que sur le travail d'archives nécessaire à l'élaboration de ce spectacle. Il ne fut ainsi question que d'étudier les albums photos, la gestuelle, sans recourir quasiment à la filmographie. « Les reportages photos sont parlants en matière de mise en scène. sur le plateau, chez lui en train de boire un café, en robe de chambre, au bord de la piscine, tout est fait pour permettre l'accroche. Il n'y a pas de moment où il est au naturel. Du moins je n'en ai pas vus ». Sinatra, ou l'histoire d'un inconnu que personne ne connut vraiment.

Olivier Capron

Photos Samuel Coulon