Aujourd’hui nerveux, irascible, violent et mesquin, Ivanov ne se reconnaît plus : « il y a un an, j’étais vigoureux, infatigable, plein de feu… Je travaillais et réfléchissais beaucoup ; je regardais dans l’avenir comme dans les yeux de ma mère… J’ai juré à ma femme un amour éternel… et je ne l’aime plus. Pourquoi ? Jour et nuit je souffre… Je me sens horriblement coupable, mais où se situe ma culpabilité, je ne le saisis pas. »
Il avait tout pour réussir : grand propriétaire de terres agricoles, homme à femmes séduisant et intellectuel brillant, porté par de généreuses idées nouvelles. De celles qui obligent constamment à se dépasser. En épousant, par exemple, une jeune femme juive, Sarah-Anna, dans une société russe dont Tchekhov dépeint crûment le profond antisémitisme. Ivanov s’en lassera, et, rongé de culpabilité, -Anna est entre-temps tombée malade-, ne pourra plus que fuir chaque soir le domicile conjugal. Jusqu’à la mort de l’épouse.
Rarement personnage aussi antipathique, rarement situation aussi sordide auront été portés sur scène.
Une pièce de Tchekhov n’a pas pour objet principal la représentation d’un conflit ou d’une thèse. Elle cherche à extérioriser, à rendre perceptible aux sens certaines crises de la vie intérieure.
Ivanov ce n’est pas seulement un caractère et un destin ; le questionnement mis en jeu par Tchekhov vaut pour son époque mais aussi pour la nôtre, pour autrefois et pour aujourd’hui.
Texte français Philippe Adrien et Vladimir Ant (L’Arche Éditeur) Mise en scène Philippe Adrien Avec Matthieu Marie, Julie André, Wolfgang Kleinertz, Guillaume Marquet, Étienne Bierry, Lisa Wurmser, Alexandrine Serre, Jana Bittnerova, Julien Villa, Thomas Derichebourg, Vladimir Ant et Émilie Lechevalier Collaboration artistique Clément Poirée Décor Jean Haas Lumières Pascal Sautelet Assisté de Maëlle Payonne Machines et pantins Elena Ant Musique et son Stéphanie Gibert Maquillages Faustine-Léa Violleau Costumes Hanna Sjödin Direction technique Martine Belloc